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Les SAFE pour les jeunes pousses canadiennes

Le SAFE est devenu la façon par défaut, rapide, peu coûteuse et normalisée, dont les jeunes pousses lèvent leur premier argent. Il a aussi été écrit pour le Delaware, ce qui laisse aux fondateurs canadiens de bonnes questions : est-ce que ça fonctionne ici, comment est-ce imposé, et qu'arrive-t-il à ma participation à la conversion? Ce guide explique ce qu'est un SAFE, en quoi il diffère d'un billet convertible, comment fonctionnent réellement les plafonds, les escomptes et la conversion, les subtilités propres au Canada, et comment garder les SAFE en ordre dans vos livres corporatifs et votre tableau de capitalisation.

En bref
SAFE (Simple Agreement for Future Equity)
QuoiUn droit contractuel à des actions futures, sans intérêt ni échéance
OrigineY Combinator, 2013; version post-money en 2018
ConvertitÀ la prochaine ronde à prix fixe, selon le plafond ou l'escompte
CanadaS'inscrit dans une dispense de prospectus; traitement fiscal moins établi qu'aux États-Unis
En un coup d'œil
  • Un SAFE est un droit à des actions futures : sans intérêt, sans échéance, ni dette ni encore capital-actions
  • Il convertit à la prochaine ronde à prix fixe, au meilleur du plafond de valorisation ou de l'escompte
  • Les SAFE post-money fixent le pourcentage de l'investisseur et reportent la dilution ultérieure sur le fondateur
  • Au Canada, un SAFE doit tout de même s'inscrire dans une dispense en valeurs mobilières, et son traitement fiscal est moins établi qu'aux États-Unis
  • Un SAFE reste hors du registre des actionnaires, mais doit être modélisé au tableau de capitalisation dès le premier jour

Ce qu'est un SAFE

Un SAFE, abréviation de Simple Agreement for Future Equity, est un court contrat par lequel un investisseur verse de l'argent à une jeune pousse maintenant en échange du droit de recevoir des actions plus tard, quand la société lèvera une ronde à prix fixe. Y Combinator l'a lancé en 2013 pour remplacer le billet convertible par un instrument plus rapide et moins coûteux pour le tout premier argent. Il n'y a ni intérêt ni date d'échéance : l'investisseur mise sur la société, il ne lui prête pas. Le SAFE attend simplement un événement déclencheur, presque toujours le prochain financement en capital-actions, puis convertit en actions selon les conditions convenues. Pour la définition formelle, voyez l'entrée de glossaire sur le SAFE post-money.

SAFE contre billet convertible

Le plus proche parent du SAFE est le billet convertible, et la différence compte. Un billet convertible est une dette : il porte un taux d'intérêt et une date d'échéance, et si la société n'a pas levé de fonds à l'échéance, le billet est techniquement remboursable, ce qui donne un levier à l'investisseur et une date butoir au fondateur. Le SAFE retire ces deux caractéristiques. Aucun intérêt ne court, et il n'y a pas d'échéance, alors un SAFE peut rester au tableau de capitalisation indéfiniment jusqu'à ce qu'une ronde le déclenche. Cela rend le SAFE plus simple et plus favorable aux fondateurs, au prix d'une protection moindre pour l'investisseur. Beaucoup d'anges canadiens et certains fonds préfèrent encore les billets convertibles précisément parce que les caractéristiques de dette leur donnent un recours, alors les fondateurs doivent s'attendre à voir les deux.

Comparaison côte à côte d'un SAFE et d'un billet convertible : intérêt, échéance, déclencheurs, protection de l'investisseur, origine commune et place de chacun dans les livres corporatifs.
Figure 1. Le SAFE contre le billet convertible sur les dimensions qui comptent pour les fondateurs et les investisseurs. Les deux vivent hors du registre des actionnaires et au tableau entièrement dilué jusqu'à leur conversion.

Pré-money contre post-money

Il existe deux générations de SAFE, et les confondre est une erreur fréquente et coûteuse. Le SAFE pré-money original de 2013 calculait la participation de l'investisseur d'après la valorisation avant l'entrée du nouvel argent, ce qui faisait que lorsque plusieurs SAFE et la nouvelle ronde arrivaient ensemble, ils se diluaient entre eux de façon difficile à prévoir. En 2018, Y Combinator a lancé le SAFE post-money, qui fixe la participation de l'investisseur en pourcentage de la capitalisation post-money, mesurée après la conversion de tous les SAFE, mais avant l'argent de la nouvelle ronde. Le SAFE post-money est aujourd'hui la norme du marché. Sa vertu est la prévisibilité : chaque investisseur connaît son pourcentage. Son piège est que la dilution de chaque SAFE additionnel retombe sur les fondateurs, et non sur les porteurs de SAFE antérieurs, si bien qu'empiler des SAFE post-money érode la participation des fondateurs plus vite que beaucoup ne s'y attendent.

Diagrammes à barres empilées comparant les SAFE pré-money et post-money à trois stades (fondation, après le SAFE, après la ronde à prix fixe). Le fondateur termine à 66,7 pour cent en pré-money et à 60,0 pour cent en post-money.
Figure 2. Les SAFE pré-money et post-money répartissent la dilution différemment. Le post-money verrouille le pourcentage de l'investisseur; le fondateur absorbe chaque SAFE additionnel qui s'empile.

Plafond de valorisation et escompte

Un SAFE récompense l'argent hâtif par deux leviers. Le plafond de valorisation fixe une valorisation maximale à laquelle le SAFE convertit, de sorte que si la ronde à prix fixe se fait à une valorisation plus élevée, le porteur convertit tout de même au prix plafonné, plus bas, et obtient plus d'actions pour son argent. Le taux d'escompte accorde au porteur un rabais en pourcentage sur le prix de la ronde, couramment de 10 à 20 pour cent. Un SAFE peut avoir un plafond, un escompte, les deux, ou ni l'un ni l'autre. Lorsqu'il a les deux, il convertit selon celui qui produit le meilleur prix pour l'investisseur, ce qui est presque toujours le plafond dans une ronde qui s'est bien passée. Certains SAFE comportent aussi une clause de la nation la plus favorisée, qui permet à un investisseur hâtif d'adopter de meilleures conditions offertes à un investisseur ultérieur.

Comment un SAFE convertit

La conversion se produit au financement en capital-actions à prix fixe. Les mécanismes : la société établit le prix de sa ronde, le prix de conversion du SAFE est calculé à partir de son plafond et de son escompte, et le montant investi est divisé par ce prix de conversion pour donner le nombre d'actions que reçoit le porteur. Ces actions sont ensuite réellement émises, c'est le moment où le SAFE cesse d'être un contrat et devient du capital-actions au registre. Avec un seul SAFE, l'arithmétique est simple; avec plusieurs SAFE à des plafonds et des escomptes différents qui convertissent en même temps, aux côtés du nouvel argent et souvent d'une bonification du régime d'options, cela devient le genre de calcul facile à rater à la main. Notre procédure sur la conversion d'un SAFE détaille les étapes, et le simulateur de conversion de SAFE et le simulateur multi-SAFE gratuits modélisent le résultat avant que vous ne vous engagiez.

Schéma du flux de conversion d'un SAFE : un SAFE de 100 000 dollars rencontre soit un plafond de valorisation de 5 millions de dollars, soit un escompte de 20 pour cent à la ronde à prix fixe; le meilleur des deux devient le prix de conversion; ce qui donne le nombre d'actions émises à la conversion.
Figure 3. Les mécanismes de conversion. Lorsqu'un SAFE comporte à la fois un plafond et un escompte, le meilleur prix pour l'investisseur l'emporte, ce qui est presque toujours le plafond dans une ronde qui s'est bien passée.

Dilution et tableau de capitalisation

L'habitude la plus importante avec les SAFE est de les traiter comme une propriété réelle dès le jour de leur signature, même si aucune action n'existe encore. Un SAFE ne figure pas au registre des actionnaires, mais il représente des actions qui seront émises, et ces actions appartiennent au tableau de capitalisation entièrement dilué. Les fondateurs qui ne suivent que les actions émises se sentent riches jusqu'à la ronde à prix fixe, quand une pile de SAFE post-money et un nouveau régime d'options convertissent d'un coup et que leur pourcentage chute brusquement. Modélisez plutôt vers l'avant : le calculateur de dilution et le planificateur de régime d'options montrent où vous atterrissez réellement, et les guides sur la modélisation de la dilution des fondateurs et sur la levée de fonds par SAFE couvrent la marche à suivre.

Les subtilités canadiennes

Le SAFE a été écrit pour le Delaware, et trois choses méritent l'attention d'un fondateur canadien.

  • Droit des valeurs mobilières. Émettre un SAFE, c'est placer un titre, alors l'opération doit s'inscrire dans une dispense de prospectus prévue par les règles canadiennes, le plus souvent la dispense de l'investisseur qualifié ou celle de l'émetteur fermé. Le modèle américain de SAFE renvoie au droit américain des valeurs mobilières et devrait être adapté au régime canadien; c'est un travail juridique léger, pas une réécriture.
  • Traitement fiscal. La qualification fiscale d'un SAFE au Canada est moins établie qu'aux États-Unis. Parce qu'un SAFE n'est pas une action, les analyses de période de détention, y compris l'admissibilité à l'exonération cumulative des gains en capital pour actions admissibles de petite entreprise, courent généralement à partir des actions émises à la conversion plutôt que de la date de signature du SAFE. Obtenez un avis tôt, parce que le moment peut compter beaucoup à la sortie.
  • Pas encore actionnaire. Un porteur de SAFE n'est pas actionnaire tant qu'il n'y a pas conversion : il ne figure pas au registre des actionnaires, ne vote pas et n'est pas pris en compte dans l'analyse du contrôle important sur la seule base du SAFE. Ce statut bascule à la conversion, et les livres doivent basculer avec lui.

Rien de tout cela ne rend le SAFE inutilisable au Canada; cela signifie seulement que le document et le plan fiscal méritent un regard canadien. Pour les différences plus larges entre les régimes de tenue de livres, voyez Livres corporatifs : le Delaware contre le Canada.

Consigner les SAFE dans vos livres

Parce qu'un SAFE n'est pas une action, les fondateurs le classent souvent et l'oublient, et c'est ainsi que les tableaux de capitalisation dérivent. La discipline est simple. Conservez le SAFE signé et ses documents de souscription au livre des procès-verbaux, autorisés par le conseil lorsque c'est requis. Suivez le montant, le plafond, l'escompte et la date du SAFE au tableau de capitalisation comme convertible en circulation, et non comme actions émises. Puis, à la conversion, faites le calcul, émettez les actions, inscrivez-les au registre des actionnaires avec leur certificat et leur catégorie, et versez les documents de conversion, pour que le SAFE qui vivait comme contrat devienne une entrée propre dans le dossier du capital-actions. Notre guide du livre des procès-verbaux indique où chacun de ces documents va.

Erreurs fréquentes

  • Mélanger des SAFE pré-money et post-money. Lever sur les deux générations à la fois rend le calcul de conversion incohérent et la participation du fondateur imprévisible. Choisissez-en une, presque toujours le post-money, et tenez-vous-y.
  • Ignorer les SAFE jusqu'à la ronde. Traiter les SAFE en circulation comme invisibles jusqu'à la conversion est la façon classique dont les fondateurs se font surprendre par leur propre dilution.
  • Des SAFE sans plafond ni escompte, sans logique. Un SAFE sans plafond ni escompte ne récompense pas l'investisseur hâtif pour son risque, et un SAFE dont le plafond est fixé à la légère peut céder bien plus de la société que prévu.
  • Perdre la paperasse. Un SAFE qui convertit sans que la convention signée, l'autorisation du conseil et le calcul de conversion soient au dossier est un problème de diligence qui attend à la prochaine ronde.
Quatre erreurs fréquentes avec les SAFE présentées en cartes d'avertissement : mélanger des SAFE pré-money et post-money, ignorer les SAFE jusqu'à la conversion, des SAFE sans plafond ni escompte et sans logique, et perdre la piste documentaire.
Figure 4. Quatre habitudes qui transforment une ronde de SAFE propre en problème de diligence. Chacune est un manquement de tenue de livres plutôt qu'un événement isolé.
Dans Octelligence
Des SAFE qui restent au tableau, puis convertissent proprement.

Octelligence suit chaque SAFE avec son plafond, son escompte et sa date comme instrument de premier plan au tableau de capitalisation entièrement dilué, modélise la conversion avant la ronde et, à la conversion, émet les actions, met à jour le registre des actionnaires et verse les documents au livre des procès-verbaux. Le tableau et les livres restent synchronisés du premier chèque à la ronde à prix fixe.

Voir Tableaux de capitalisation et financement
FAQ

Questions fréquentes

Oui. Rien n'interdit d'utiliser un SAFE au Canada, et ils sont courants, surtout chez les fondateurs qui lèvent des fonds auprès d'investisseurs liés aux États-Unis. Le SAFE est un contrat, et son émission constitue un placement de titres, alors il doit s'inscrire dans une dispense de prospectus comme celle de l'investisseur qualifié ou de l'émetteur fermé. Le document doit habituellement être légèrement adapté du modèle américain pour renvoyer au droit canadien des valeurs mobilières plutôt qu'au droit américain.

Ni l'un ni l'autre, précisément. Un SAFE est un droit contractuel de recevoir des actions dans le futur, lorsqu'un événement déclencheur survient. Contrairement à un billet convertible, il ne porte ni taux d'intérêt ni date d'échéance, ce n'est donc pas une dette. Mais ce n'est pas non plus une action tant qu'il n'a pas converti, alors le porteur n'est pas encore actionnaire. C'est ce statut intermédiaire qui explique qu'un SAFE reste hors du registre des actionnaires tout en devant être suivi au tableau de capitalisation.

Le SAFE post-money, lancé par Y Combinator en 2018, fixe la participation de l'investisseur en pourcentage de la capitalisation post-money, de sorte que le fondateur absorbe la dilution des SAFE ultérieurs. Le SAFE pré-money antérieur calculait la participation avant l'entrée du nouvel argent, si bien que les SAFE se diluaient entre eux. Les SAFE post-money sont plus courants aujourd'hui et rendent la propriété plus facile à calculer, mais ils diluent les fondateurs plus que beaucoup ne s'y attendent quand plusieurs s'empilent.

Un SAFE n'apparaît pas au registre des actionnaires parce qu'aucune action n'a été émise, mais il représente des actions futures qui doivent être modélisées au tableau entièrement dilué. Ignorer les SAFE en circulation jusqu'à la ronde à prix fixe est l'erreur classique : les fondateurs découvrent à la conversion qu'ils détiennent bien moins qu'ils ne le croyaient. Modélisez chaque SAFE au tableau dès le jour de sa signature.

C'est une question pour votre conseiller fiscal. Le point clé est qu'un SAFE n'est pas une action, alors toute analyse de période de détention ou d'action admissible, y compris l'exonération cumulative des gains en capital pour actions admissibles de petite entreprise, court généralement à partir des actions émises à la conversion, et non de la date de signature du SAFE. Le traitement fiscal des SAFE au Canada est moins établi qu'aux États-Unis, une raison de plus de bien documenter la conversion.
Du SAFE aux actions
Suivez chaque SAFE, modélisez la ronde, convertissez proprement.

Gardez les SAFE au tableau de capitalisation dès le premier chèque, modélisez la conversion avant d'établir le prix de la ronde, et transformez-les en entrées de registre propres à leur conversion.